
Les projets menés par les physiciens du centre de recherche nucléaire du CERN, à Genève, exigent de ces derniers les meilleures performances possibles ainsi qu’un travail d’équipe acharné jusqu’à l’atteinte de l’objectif. De la même manière que les chercheurs augmentent leurs connaissances au fur et à mesure qu’ils relèvent de nouveaux défis et unissent leurs efforts, la sécurité du CERN a pu être résolue grâce aux systèmes de sécurité que Securiton a commencé à intégrer dans le projet LEP en 1985. Le magazine du personnel de Securiton « Sensor » en fera une description détaillée en 1990.
Au CERN, le laboratoire européen pour la physique des particules à Genève, les scientifiques tentent depuis des années de sonder les constituants ultimes de la matière. Leurs instruments sont de gigantesques dispositifs, appelés accélérateurs, qui accélèrent les particules atomiques chargées de sorte qu’elles atteignent à peu près la vitesse de la lumière pour les faire ensuite entrer en collision avec des particules venant en sens inverse. La découverte des bosons W et Z, observés pour la première fois au CERN en 1983, est l’un des grands succès scientifiques dans le domaine de la physique des particules élémentaires. Pour leur découverte, Carlo Rubbia et Simon Van der Meer, deux des quelque 200 scientifiques impliqués, ont reçu le prix Nobel. Mais la recherche se poursuit inéluctablement. Elle tente de percer le mystère de l’origine et des lois de l’univers.
Le projet LEP
L’année 1989 marque un tournant dans l’histoire de la construction du CERN : à la mi-novembre, le grand collisionneur électron-positron LEP (abréviation de « Large Electron Positron Collider ») est mis en service. Ce super accélérateur, une installation extrêmement complexe comportant plusieurs milliers d’éléments de précision, est le plus grand de ce type. Installé dans un tunnel annulaire de 27 km de long, le collisionneur LEP se trouve entre 50 et 150 m sous la surface de la terre. Le tunnel mesure 3,8 mètres de diamètre et traverse le territoire suisse et français. L’anneau accélérateur est le théâtre de collisions révélatrices : approchant la vitesse de la lumière, les électrons entrent en collision frontale avec leurs antiparticules, appelées positrons. Ce faisant, ils se détruisent mutuellement et produisent une multitude de nouvelles particules encore plus minuscules. Pour capturer, enregistrer et analyser ces fragments de matière, quatre énormes détecteurs sont répartis sur l’anneau LEP ; l’un d’eux s’appelle Aleph.
Avec ses dispositifs et systèmes informatiques sophistiqués, l’anneau LEP est une installation extrêmement coûteuse (chiffrée à environ 1,2 milliard de francs) qui doit notamment être parfaitement protégée contre les incendies.
Des exigences élevées
Au terme d’une procédure de sélection rigoureuse face à la concurrence nationale et étrangère, Securiton décroche en décembre 1985 la commande, consistant à installer des systèmes de détection d’incendie dans l’anneau LEP et un an plus tard dans les 11 pavillons électroniques du hall d’expérimentation UX 45 (détecteur Aleph). L’évaluation précédemment effectuée avait montré que ce système sur mesure répondait le mieux aux exigences élevées des ingénieurs du CERN.
Contrafeu, société sœur de Securiton, se voit confier la fourniture des installations d’extinction. La somme totale des commandes passées auprès des deux entreprises s’élève à environ 1,9 million de francs.
Surveillance dans l’anneau LEP
La surveillance incendie englobe les huit postes d’accès souterrains, leurs environs immédiats, les quatre salles d’expérimentation, certaines parties du tunnel principal ainsi que les 16 alvéoles agencées dans l’anneau LEP, appelées cavernes.
Surveillance du hall d’expérimentation UX 45
La deuxième grande commande concerne le hall d’expérimentation UX 45, où se trouve le détecteur Aleph. Le système informatique extrêmement sensible et complexe de ce détecteur géant qui mesure 12 x 12 x 12 mètres analyse les collisions de particules. Il est destiné à renseigner les physiciens sur la trajectoire des particules atomiques, sur le moment de leur passage et, dans certains cas, sur l’identité des particules. Les équipements de protection contre l’incendie comprennent ici une centrale de signalisation d’incendie de type CSI 3400 (armoire fixe), 60 systèmes d’aspiration de fumée RAS 51 (version standard), 76 détecteurs de fumée optiques et 10 installations fixes d’extinction au Halon 1301.
Le système de détection d’incendie FAS 3401
Ce système automatique de détection d’incendie, baptisé FAS 3401, intègre le nec plus ultra de la technologie, et est le fruit de longues années d’expérience. Il se compose de différents détecteurs incendie automatiques (détecteurs ponctuels et linéaires), de poussoirs feu, de la centrale de signalisation d’incendie et de différentes alarmes locales.
La centrale de signalisation d’incendie commandée par logiciel constitue le véritable « cerveau » de l’installation. Elle surveille l’ensemble des fonctions et états de fonctionnement, elle évalue les signaux entrants et les transmet au système d’information et de supervision du CERN.
En outre, toutes les centrales de signalisation d’incendie sont équipées de dispositifs de secours. En cas de panne du microprocesseur et d’incendie, ces dispositifs permettent d’alerter directement les pompiers du CERN à Meyrin.
L’anneau LEP comprend 220 systèmes d’aspiration de fumée RAS 53 qui ont été spécialement mis au point pour les besoins du CERN. Ce système dispose d’une sortie analogique pour la mesure de la fumée. Une interface séparée permet en outre de surveiller en permanence le système ainsi que sa télécommande.
Structure du système d’aspiration de fumée RAS
Ce système qui a fait ses preuves se définit essentiellement en deux parties : un réseau de tuyauterie avec de petits points d’aspiration ainsi qu’une chambre de détection avec un ventilateur intégré, un détecteur de fumée fonctionnant selon le principe de la lumière diffuse et un circuit électronique de surveillance. Chaque conduite d’aspiration est reliée à sa propre chambre de détection. Cela accroît considérablement la flexibilité et la sécurité du système global. Deux diodes électroluminescentes agencées sur le boîtier indiquent l’état de l’alarme du détecteur ou signalent un dérangement.
Le ventilateur veille à acheminer en permanence des échantillons d’air vers le détecteur de fumée optique via la tuyauterie. En cas d’incendie, celui-ci détecte les particules de fumée qui se trouvent dans l’air aspiré. Si la concentration de fumée dans le détecteur dépasse un certain niveau, l’alarme est transmise à la centrale de signalisation d’incendie et la diode s’allume sur la chambre de détection.
L’un des avantages de ce système réside dans l’autosurveillance : la conduite d’aspiration est contrôlée en permanence pour détecter les fuites, les obstructions et le débit d’air ; le bon fonctionnement du ventilateur et du détecteur de fumée est également surveillé. En cas de dérangement, la seconde diode lumineuse s’allume automatiquement.
Le système d’aspiration de fumée RAS, une spécialité de Securiton, possède de nombreuses applications. Depuis des années, il fait ses preuves tant dans la protection des biens culturels que dans l’industrie, par exemple dans les entrepôts grande hauteur, les salles informatiques et les hangars pour avions. Ce système spécial de détection d’incendie est également installé dans les centrales électriques et les prisons. L’exécution spéciale RAS 52 répond aux exigences élevées dans des conditions ambiantes extrêmes, telles que les chambres frigorifiques où l’utilisation d’appareils électroniques pose différents problèmes.
Lutte efficace contre l’incendie
En cas d’incendie, comment protéger efficacement les appareils et les systèmes informatiques coûteux de l’anneau LEP et du hall d’expérimentation UX 45 ? Les 46 installations d’extinction au Halon 1301 de Contrafeu garantissent une intervention directe et rapide.
Ces dispositifs d’extinction sont commandés par le biais de l’installation de détection d’incendie. Les détecteurs, en l’occurrence les systèmes d’aspiration de fumée, sont commutés en deux groupes dépendants. Si un seul système RAS réagit, une pré-alarme se déclenche. Ce n’est que lorsque deux systèmes de détection d’incendie sonnent l’alarme que l’installation d’extinction est activée. Auparavant, les portes et les clapets d’incendie sont automatiquement fermés par les commandes de la centrale.
En cas d’urgence, les bouteilles en acier pulvérisent l’agent extincteur sous forte pression en l’espace de 10 secondes. La concentration d’agent extincteur déclenche une réaction chimique qui intervient directement dans le processus de combustion et éteint brusquement l’incendie (inhibition).
Les conduites reliant la centrale de signalisation d’incendie et l’élément déclencheur (électrovanne) de l’installation d’extinction au Halon sont surveillées. Même en cas de panne de secteur, l’alimentation de secours garantit le bon fonctionnement de la centrale de signalisation d’incendie.
Maintenance
Afin de garantir la sécurité de fonctionnement des nombreuses installations de détection d’incendie, l’entretien et la maintenance revêtent une importance capitale. C’est la raison pour laquelle des contrats de maintenance pluriannuels sont conclus. Les techniciens de service de Securiton veillent au bon fonctionnement permanent de toutes les installations de détection d’incendie installées dans les projets LEP et Aleph.